Santé

Inflammation du pouce : quand la douleur à la base signe souvent De Quervain

Jean-Gaël Périgord 9 min de lecture

Une inflammation du pouce désigne le plus souvent une irritation des tendons ou de leur gaine près de la base du pouce, là où le pouce rejoint le poignet. La douleur peut gêner des gestes très simples : saisir une tasse, tourner une clé, porter un enfant, ouvrir un bocal ou utiliser une souris. Le terme est large, mais il renvoie souvent à la tendinite, ou ténosynovite, de De Quervain.

Ce que recouvre vraiment une inflammation du pouce

Le pouce est très mobile, mais cette liberté a un prix : plusieurs tendons glissent dans des gaines étroites pour permettre l’écartement, l’extension et la préhension. Quand ces tendons frottent de manière répétée, la gaine peut s’épaissir, devenir douloureuse et limiter le mouvement. C’est ce mécanisme qui explique une grande partie des douleurs inflammatoires à la base du pouce.

Le lien avec la tendinite de De Quervain

La tendinite de De Quervain, aussi appelée ténosynovite de De Quervain, concerne les tendons du long abducteur du pouce et du court extenseur du pouce. Ils passent sur le côté radial du poignet, c’est-à-dire du côté du pouce. Lorsque leur gaine s’irrite, la douleur apparaît souvent au bord externe du poignet, puis donne l’impression de venir directement du pouce.

Dans le langage courant, on parle donc d’inflammation du pouce, alors que l’atteinte se situe parfois un peu plus haut, au niveau du passage tendineux. Cette nuance aide à comprendre pourquoi la douleur augmente quand on écarte le pouce, quand on serre fort un objet ou quand on incline le poignet.

Ne pas confondre avec toutes les douleurs du pouce

Toute douleur du pouce n’est pas une tendinite. Une rhizarthrose, c’est-à-dire une arthrose à la base du pouce, peut provoquer une douleur mécanique lors des pinces fines. Une arthrite peut entraîner une articulation chaude, gonflée et douloureuse. Une fracture ou une entorse peuvent survenir après un traumatisme. En pratique, la localisation précise, le contexte d’apparition et les mouvements déclencheurs orientent beaucoup le diagnostic.

Les signes qui doivent attirer l’attention

Le symptôme central est une douleur à la base du pouce, souvent aggravée par l’utilisation de la main. Elle peut rester modérée au début, puis devenir plus vive lorsque les gestes répétitifs continuent. Certaines personnes décrivent une douleur en coup d’aiguille, d’autres une tension profonde ou une brûlure localisée près du poignet.

Douleur, gonflement et perte de force

Un gonflement discret peut apparaître sur le trajet des tendons. La zone devient sensible au toucher, surtout du côté du pouce au niveau du poignet. La gêne fonctionnelle est parfois plus parlante que la douleur elle-même : difficulté à ouvrir un pot, à porter un sac, à soulever une casserole, à boutonner un vêtement ou à tenir un téléphone longtemps.

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La douleur peut aussi remonter vers l’avant-bras, car les tendons irrités s’insèrent dans un ensemble musculaire plus large. Cela ne veut pas dire que tout l’avant-bras est atteint, mais que le mouvement du pouce tire sur une chaîne anatomique complète et rend chaque effort plus pénible.

Les mouvements typiquement douloureux

Les gestes de torsion, de pince et de préhension énergique sont souvent les plus révélateurs. Tourner une poignée, essorer une serpillière, attraper un objet lourd entre le pouce et les doigts ou soulever un bébé sous les bras peuvent réveiller la douleur. L’écartement du pouce devient parfois difficile, notamment lorsque l’inflammation limite le glissement normal des tendons.

Situation Ce que cela évoque souvent À surveiller
Douleur sur le côté du poignet, côté pouce Ténosynovite de De Quervain possible Douleur à la torsion et à l’écartement du pouce
Douleur profonde à la base du pouce Rhizarthrose possible Raideur, craquements, douleur à la pince
Douleur après chute ou choc Entorse ou fracture possible Déformation, hématome, impossibilité d’utiliser la main
Articulation rouge, chaude, très gonflée Inflammation articulaire ou infection à exclure Fièvre, douleur au repos, aggravation rapide

Pourquoi le pouce s’enflamme : gestes, terrains et activités à risque

Le déclencheur dominant est la répétition. Un mouvement isolé est rarement en cause. C’est plutôt l’accumulation de petits frottements qui irrite les tissus. Le frottement répétitif provoque un épaississement de la gaine, puis les mouvements simples deviennent difficiles.

Les gestes répétitifs du quotidien et du travail

Les métiers manuels, les activités de soin, la cuisine, le bricolage, le jardinage, certains sports de raquette ou de préhension, mais aussi le travail prolongé sur clavier, souris ou smartphone peuvent favoriser la douleur. Le risque augmente lorsqu’un geste est nouveau, intensif ou réalisé sans pause : changement de poste, reprise sportive, déménagement, période de forte activité professionnelle.

Quand la même prise est répétée pendant des heures, les tendons glissent moins bien et la douleur s’installe plus vite. Pour le pouce, l’enjeu n’est donc pas seulement de forcer moins, mais de varier les prises, d’alterner les angles, de répartir les charges entre les deux mains et de laisser des temps de glissement sans contrainte aux tendons.

Les profils plus exposés

La maladie de De Quervain est généralement mentionnée entre 30 à 50 ans, mais elle peut survenir en dehors de cette tranche. Les mères de jeunes enfants sont exposées par les portages répétés, souvent avec le poignet cassé vers le bas. Les femmes enceintes, les personnes diabétiques ou atteintes de polyarthrite rhumatoïde peuvent aussi présenter un terrain favorisant. Ces facteurs ne suffisent pas à poser le diagnostic, mais ils renforcent la probabilité lorsque les symptômes sont typiques.

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Diagnostic : ce que vérifie le médecin

Le diagnostic est principalement clinique. Cela signifie que l’interrogatoire et l’examen de la main suffisent souvent à orienter la prise en charge. Le médecin cherche à savoir où la douleur a commencé, quels gestes l’aggravent, depuis quand elle évolue et si un traumatisme a précédé les symptômes.

Examen de la douleur et tests fonctionnels

L’examen consiste à palper la zone douloureuse, comparer les deux mains, tester la mobilité du pouce et du poignet, et repérer les gestes qui reproduisent la douleur. Le test de Finkelstein peut être utilisé : il met en tension les tendons concernés et peut déclencher une douleur caractéristique du côté radial du poignet. Il doit être interprété par un professionnel, car une douleur isolée ne suffit pas toujours à conclure.

Quand des examens complémentaires sont utiles

Une échographie peut aider à visualiser une inflammation de la gaine tendineuse, surtout si le tableau est atypique ou si la douleur persiste. Une radiographie peut être demandée pour rechercher une rhizarthrose ou une séquelle de traumatisme. L’IRM reste moins systématique, réservée à des situations plus complexes. Les examens ne remplacent pas l’examen clinique : ils servent surtout à confirmer, préciser ou éliminer une autre cause.

Il est préférable de consulter rapidement si la douleur survient après une chute, si le pouce est déformé, si la main devient rouge et chaude, si une fièvre apparaît, si l’engourdissement progresse ou si la douleur empêche les activités courantes malgré plusieurs jours de repos relatif.

Traitements, durée de guérison et conséquences professionnelles

La prise en charge dépend de l’intensité, de l’ancienneté et de l’impact sur le travail ou les gestes quotidiens. Dans la plupart des cas, l’objectif est de réduire l’irritation mécanique, calmer l’inflammation et éviter que la douleur ne s’installe.

Les traitements de première intention

Le repos ne signifie pas immobiliser toute la main pendant des semaines, mais diminuer les gestes déclencheurs : torsion, port de charge en pince, mouvements répétitifs du poignet. Une attelle du pouce et du poignet peut limiter les mouvements douloureux et laisser les tendons récupérer. Des anti-inflammatoires peuvent être proposés selon le profil médical, avec avis professionnel en cas de contre-indication.

L’ergonomie compte autant que le médicament : changer la prise d’un outil, porter un enfant contre soi plutôt qu’à bout de bras, utiliser les deux mains, rapprocher les charges du corps et fractionner les tâches aide à diminuer les contraintes. La rééducation n’est pas systématique dans tous les cas, mais elle peut être utile pour réapprendre les gestes, récupérer la mobilité et éviter les récidives.

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Infiltration et chirurgie si la douleur persiste

Si les douleurs persistent malgré le traitement médical, une infiltration locale de cortisone peut être proposée. Selon l’évolution, une ou deux injections supplémentaires peuvent parfois être envisagées. Lorsque l’inflammation résiste aux traitements conservateurs ou que la gêne fonctionnelle reste importante, une intervention chirurgicale peut être discutée. Elle consiste à ouvrir la gaine, ou le tunnel, afin de redonner de l’espace aux tendons.

Cette chirurgie se pratique généralement en ambulatoire, avec un retour à domicile le jour même. Après l’intervention, il est couramment indiqué d’éviter de mouiller la main pendant 8 à 10 jours, selon les consignes du chirurgien. Les suites exactes varient selon les patients, le geste réalisé et l’activité professionnelle.

Arrêt de travail, maladie professionnelle et reprise

Le temps de guérison est variable : une douleur récente, bien prise en charge et réellement mise au repos, peut s’améliorer plus vite qu’une inflammation installée depuis des mois. L’arrêt de travail dépend du métier. Une personne travaillant sur ordinateur n’a pas les mêmes contraintes qu’un soignant, un manutentionnaire, un coiffeur, un cuisinier ou un artisan utilisant des outils vibrants ou des prises fortes.

Lorsque les gestes professionnels répétitifs jouent un rôle important, une reconnaissance en maladie professionnelle peut être envisagée selon les critères applicables et l’évaluation médicale. La question de l’invalidité concerne surtout les formes durables, sévères ou associées à d’autres pathologies. Dans tous les cas, il est utile d’en parler au médecin traitant, au médecin du travail ou à un spécialiste de la main pour adapter le poste, organiser la reprise et documenter correctement la gêne fonctionnelle.

Jean-Gaël Périgord
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